Roger LAVERGNE
TABLEAU DE 11 PLANTES DE LA PHARMACOPÉE RÉUNIONNAISE
Sont dites endémiques (D) les plantes originaires des seules îles Mascareignes. Lorsque leur répartition géographique originelle est plus
vaste, on dit qu’elles sont indigènes (I). Quant à celles qui ont été introduites volontairement ou involontairement par l’Homme, on les qualifie d’exotiques (E).
J’ai eu aussi recours à mon livre Étude ethnobotanique des plantes utilisées dans la pharmacopée traditionnelle à la Réunion, ouvrage publié en 1989 par l’ACCT
(Agence de coopération Culturelle et Technique), avec pour coauteur Robert VÉRA, chimiste universitaire.
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille
1.
BOIS DE PÊCHE MARRON, Psiloxylon mauritianum Myrtaceae
Pays d’origine : D (Réunion, Maurice)
Usages traditionnels et surtout actuels : Sert à traiter l’albuminurie, les néphrites et les cystites. Élimine les excès d’urée et d’acide urique (agit comme l’Allopurinol
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : phénols, servit à préparer un
médicament : l’Albucoli
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
2.
QUINQUINA DU PAYS Mussaenda landia Rubiaceae
Pays d’origine : D (Réunion, Maurice)
Usages traditionnels et surtout actuels : Fut usité avec le Bois jaune (Ochrosia borbonica) comme remède pour traiter les douleurs articulaires du chikungunya
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : son écorce renferme des saponosides
; n’a jamais servi à obtenir un médicament
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
3.
AMBAVILLE VERTE Hubertia ambavilla Asteraceae ( = Composées)
Pays d’origine : D : endémique de la Réunion seulement.
Usages traditionnels et surtout actuels : Couramment employé avec l’Herbe à bous (Ageratum conyzoides) , le Bois d’osto (Antirhea borbonica), le Bois cassant (Psathura borbonica)…pour soigner
l’ulcère d’estomac. Cette action anti-lcéreuse a été prouvée par les laboratoires Roger et Bellon.
Convient pour traiter de nombreuses dermatoses : démangeaisons, érythèmes fessiers, bourbouille, eczéma, etc.
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : complexe glucidique,
flavonoïdes. n’a pas encore servi à préparer une spécialité pharmaceutique.
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
4.
BOIS DE REINETTE Dodonea viscosa Sapindaceae
Pays d’origine : I (pantropical, donc originaire de plusieurs pays tropicaux souvent éloignés)
Usages traditionnels et surtout actuels : C’est avec le Bois de rongue (Erythroxylon laurifolium) un spécifique des coliques néphrétiques et les calculs urinaires. Sert aussi à traiter la goutte
et les rhumatismes.
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Contient flavonoides, saponosides,
tanins, stérols et triterpènes. n’est pas encore devenu un phytomédicament
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
5.
BOIS DE REMPART Agarista salicifolia Ericaceae
Pays d’origine : I (Réunion, Maurice, Afrique tropicale)
Usages traditionnels et surtout actuels : Des chevaux, des cabris sont morts pour avoir brouté son feuillage qui provoques hémorragies internes et paralysie des muscles respiratoires ; cependant
en usage externe (ici en bains de siège), la femme d’un tisaneur m’a indiqué son efficacité pour traiter les hémorroïdes. Surtout ne pas boire.
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Andromédotoxine, substance toxique
(mortelle) connue chez d’autres Éricacées (Azalées et Rhododendrons). pas d’usage pharmaceutique
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
6.
CHANGE ÉCORCE Aphloia theiformis Flacourtiaceae
Pays d’origine : I (Mascareignes, Madagascar, Comores, Seychelles, Afrique de l’Est et Afrique du Sud).
Usages traditionnels et surtout actuels : C’est un « rafraîchissant » populaire donc un anti-inflammatoire, un dépuratif. De sa sous-espèce malgache on a extrait de l’aphloiol qui s’est montré
actif contre la lyse des hématies, c’est à dire l’éclatement des globules rouges qui survient à chaque crise de paludisme
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Flavonoïdes dont l’aphloiol,
phénols, proanthocyanidols, tanins, triterpènes . Canol (diurétique). Aphloïne P (veinotonique).
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
7.
COCHLÉARIA DU PAYS Centella asiatica Apiaceae ( = Ombellifères)
Pays d’origine : I (pantropical)
Usages traditionnels et surtout actuels : Se rincer la bouche avec la décoction si aphtes mais aussi inflammation des gencives (gingivite). Ce même décocté (non bu) sert à se gargariser en cas de
maux de gorge ou d’angines. Mastiquer une ou deux feuilles fraîches corrige la mauvaise haleine.
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Surtout des saponines triterpéniques
et en particulier l'asiaticoside. Le Madécassol est un bon cicatrisant acheté en pharmacie.
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
8.
FAHAM Jumellea fragrans Orchidaceae
Pays d’origine : D (Réunion, Maurice)
Usages traditionnels et surtout actuels : Utilisé contre les refroidissements, la fièvre, la grippe, la toux, l’asthme, le Faham est aussi utile pour avoir une bonne circulation sanguine, une
bonne digestion, un bon sommeil.
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Alcaloïdes et coumarines. Pas
acheté à la pharmacie mais très prisé pour préparer un « rhum arrangé ».
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
9.
LIANE JAUNE Danais fragrans Rubiaceae
Pays d’origine : I (Réunion, Maurice, Madagascar)
Usages traditionnels et surtout actuels : J’ai plusieurs fois entendu Frantz Ledoyen (dit Kakou), tisaneur à l’Entre-Deux, dire sur les ondes de RFO, qu’il prescrivait la Liane jaune pour les
gastro-entérites, les diarrhées, ce remède étant un « bon cicatrisant de l’estomac »
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Divers métabolites secondaires :
alcaloides, flavanoides, tanins, stérols, tritepènes, anthraquinones. Pas devenu un phytomédicament.
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
10.
PETIT TAMARIN DES HAUTS Sophora denudata Papilionideae (= Légumineuses) Fabaceae
Pays d’origine : D : endémique de la Réunion seulement.
Usages traditionnels et surtout actuels : Un tisaneur aujourd’hui décédé m’a dit avoir réussi à soigner positivement par des applications externes deux ou trois femmes atteintes d’un cancer du
sein. Cette grave pathologie est évidemment d’ordre prioritairement médical.
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : Divers alcaloîdes dont certains
toxiques. Les recherches opérées ne peuvent que laisser un lointain espoir d’aboutir à un médicament.
Nom vernaculaire, Nom scientifique, Famille :
11.
AYAPANA Ayapana triplinervis Asteraceae ( = Composées)
Pays d’origine : E (Amazonienne)
Usages traditionnels et surtout actuels : Stomachique (donc facilitant la digestion au niveau de l’estomac), recommandé en cas de nausées, vomissements, indigestion, maux d’estomac,
flatulences…
Constituants chimiques, principes actifs éventuels ou avérés soulignés. Médicaments, donc étant l’objet ou ayant été l’objet de préparations pharmaceutiques : coumarines, huile essentielle.
inscrit à la pharmacopée française de 1975
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Éléments descriptifs de chaque espèce sans doute utiles bien qu’ « un bon dessin vaille mieux souvent qu’un long discours » !
1.BOIS DE PÊCHE MARRON [Psiloxylon mauritianum Bouton ex
Hook.f.] . Adulte, il devient un arbre à l’écorce rousse. Cette espèce fut difficile à classer dans une famille botanique homogène. On l’a
rattachée aux Myrtacées bien qu’elle n’ait pas comme la plupart des représentants de cette famille des feuilles opposées et des fleurs hermaphrodites (ou bisexuées). En effet, ses feuilles sont
alternes et reconnaissables à leur petit pétiole rougeâtre. De plus, elle comporte des pieds mâles et des pieds femelles, elle est donc dioique. Lorsque les pieds femelles fructifient, ils
portent des baies blanches qui ne sont pas sans rappeler celles du Change écorce (Aphloia theiformis).
2. QUINQUINA DU PAYS [Mussaenda landia Poiret]. C’est un petit
arbre, bien droit, de 6 à 7 m de haut. Ce qui permet habituellement de reconnaître la famille des Rubiacées, à laquelle il appartient, ce sont les stipules situées entre le pétiole des feuilles
opposées. Les stipules sont ici petits et rapidement caduques alors qu’ils sont bien développés et attractifs chez le vrai Quinquina (Cinchona officinalis). Le regard est surtout attiré par les grandes fleurs blanches du Quinquina du Pays. Fécondées, ces dernières se transforment en fruits
secs, oblongs.
3. AMBAVILLE VERTE [Hubertia ambavilla (Bory) Pers.].
Arbrisseau-arbuste pouvant atteindre 3 à 4 m de haut. Ses petites feuilles dentées m’ont parfois fait penser à la Germandrée petit chêne (Teucrium chamaedrys) de Métropole). Les capitules de cette Astéracée s’épanouissent en corymbes à l’extrémité des rameaux. Chaque capitule comporte souvent 5 ligules jaune pâle disposées en
étoile ce qui donne l’impression de regarder une fleur simple, alors qu’il s’agit d’une mini-inflorescence. Cette Ambaville n’existe pas en sous-bois. Elle colonise les espaces situés en plein
soleil comme les bords de pistes montagnardes ou les espaces clairiérés.
4. BOIS DE REINETTE [Dodonea viscosa (L.) Jacq.].
Arbrisseau-arbuste dioique, donc certains pieds portent des fleurs mâles, d’autres des fleurs femelles verdâtres ; seuls ces derniers « pieds de bois » pourront avoir plus tard
des fruits secs, ailés. Il existe au moins deux variétés de Dodonée visqueuse – expression de Bory de Saint-Vincent -, l’une à feuilles pouvant un peu
évoquer celles du Saule pleureur (Salix babylonica) présent à la Réunion, l’autre ayant des feuilles plus étroites, presque linéaires. Pour
certains, le mot Reinette serait à mettre en relation avec la Pomme reinette, pour moi qui ait mis ces variétés en herbier, les feuilles mises à sécher aplaties sont si collantes qu’elles me
rappellent des petits Batraciens arboricoles aux pattes adhésives.
5. BOIS DE REMPART [Agarista salicifolia (Comm. ex Lam.) G.
Don ]. Plante pionnière des nouvelles coulées de laves, cette Éricacée deviendra un arbre de 10 à 15m de haut, dont l’écorce grise et fissurée pourrait évoquer celle du Camphrier
(Cinnamomum camphora). Conscient de l’extrême toxicité de ce végétal, les tisaneurs n’y ramasseront aucun épiphyte ou plante pouvant s’y être
installée comme en un jardin suspendu, sans avoir pour cela de liens parasitaires avec le support. Les feuilles du Bois de rempart sont bleu-vert, assez coriaces. Les fleurs à corolles en forme
de grelots rouges sont caduques. L’une d’elle ramassée par une fillette et mis à la bouche déclencha des « pauses respiratoires », donc des difficultés à respirer. Il y a danger à
fréquenter cette superbe créature. Des fruits secs s’échappent de fines graines allongées facilement dispersées par les vents et les eaux de pluie.
6. CHANGE ÉCORCE [Aphloia theiformis (Vahl) Bennett]. Souvent
un arbrisseau-arbuste, cette Flacourtiacée peut devenir un arbre d’au moins une dizaine de mètres de haut. Les jeunes écorces sont rousses et les fleurs blanchâtres à nombreuses étamines, ce
qui fait que ce végétal des forêts primaires a pu être rapproché de l'invasif Goyavier (Psidium cattleianum) et appelé de ce fait Go(u)Yave
marron.. Sur les pieds d’un certain âge, on voit très nettement des lambeaux d’écorce soulevés prêts à se détacher d’où le nom populaire imagé de Change
écorce usité pour désigner cette espèce ligneuse à feuilles ressemblant véritablement à celles des vrais Théiers (Camellia
sinensis). Les fruits sont blancs et charnus, consommés - comme ceux du Bois de pêche marron – par quelques oiseaux forestiers qui assurent la
dissémination des graines (ornithochorie).
7. COCHLÉARIA DU PAYS [Centella asiatica (L.) Urb.]. Herbe
stolonifère comme un Fraisier sauvage, donc rampante. Elle n’est guère plus grande que des touffes de Violettes cultivées, dont les feuilles ont un peu le même aspect, ce qui fait que cette
Apiacée est parfois encore appelée Violette marronne. Inutile d’évoquer ses fleurs et ses fruits, à peine visibles, seulement significatifs avec le
grossissement d’une loupe binoculaire.
8. FAHAM [Jumellea fragrans (Thou.) Schltr.). Orchidée
épiphyte, donc perchée sur les arbres, que je sais distinguer à l’œil nu à son port particulier. La base des tiges dénudées est souvent courbée. Les feuilles ont nettement un sommet échancré et
dissymétrique. C’est réjouissant de voir ses fleurs axillaires, d’un blanc de lait comme celles de plusieurs autres Orchidées épanouies surtout en période cyclonique.
9. LIANE JAUNE [Danais fragrans (Lam.) Pers.]. Les jeunes
pousses de cette liane « boisée » ou ligneuse ont tout d’abord un épiderme noirâtre ce qui fait qu’on y reconnaît du Lingue noir. Par la suite,
l’écorce est blanc grisâtre. Les corymbes de fleurs ont des corolles étoilées jaune orangé. Les petits fruits secs qui en dérivent sont globuleux.
10. PETIT TAMARIN DES HAUTS [Sophora denudata Bory]. C’est la
dernière plante d’altitude digne d’être appelée arbre. Sur des sols profonds et frais souvent formés sur des accumulations de lappili, les troncs peuvent être conséquents. Le feuillage est
grisâtre. Des feuilles imparipennées laissent supposer une Légumineuse. La confirmation est donnée quand s’épanouissent en saison fraîche de nombreuses fleurs papilionées, d’un jaune
étincelant. Les fruits sont bien des gousses liégeuses et carénées qui laissent présager d’une très ancienne dispersion par les courants mains. Mais les cyclones ont eu un mot à dire quant à
leur puissance d’arrachement et des atterrissages insulaires effectués bien au-dessus du niveau des océans.
11. AYAPANA [Ayapana triplinervis (Vahl.) R.M. King et H.
Robinson]. Contrairement aux dix espèces précédentes toutes sauvages, le Iapana rouge est la seule plante à être cultivée, et à venir d’ailleurs, bien loin
de notre archipel. Je tiens à la faire figurer aux côtés de notre florule insulaire primitive puisqu’elle s’avère être la toute première à être utilisée dans notre tisanerie réunionnaise
actuelle. Secundo, elle sera prochainement l’objet de la soutenance d’une thèse par notre ami Claude MARODON, Président de l’APLAMÉDOM, ou association plantes médicinales et aromatiques
présentes à la Réunion.
D’origine amazonienne, l’Ayapana n’est propagé que par bouturage. C’est une herbe subligneuse, d’environ 50 cm de haut.
Ses feuilles opposées sont triplinerves c’est à dire à trois nervures bien visibles situées au-dessus de la base du limbe. Les capitules de cette
Astéracée sont de petites colonies de « tubules » ou fleurettes rose pâle.
Roger LAVERGNE, Docteur en Botanique tropicale appliquée.